Pantin, dans une petite rue discrète. Un soleil radieux illumine le bâtiment blanc et anonyme, avec sa barrière de sécurité et ses grandes portes en verre. Après quelques minutes d'attente, notre guide arrive dans un magnifique caftan de soie. Armés de nos badges visiteurs, nous passons les barrières de verre et longeons des ateliers de découpe du cuir, des salles de réunions où des équipes discutent de projets, un restaurant d'entreprise, quelques automates distributeurs.
Une douce odeur de cuir flotte dans l'air, un rien perturbée par celle des peaux spéciales. Puis, nous traversons une cour et arrivons devant un atelier blanc et rectangulaire, bordé de bambous. petit h s'inscrit en lettres orange sur la porte de verre. On devine tout de suite une paroi d'une matière inconnue, d'un bleu roi soutenu qui guide le visiteur à la manière d'un couloir. Derrière quelques écrans d'ordinateurs, des rédactrices consultent des dossiers de presse ou formulent un descriptif des pièces.
Quelques pas et nous voilà dans l'atelier des artisans. Réunion de plusieurs corps de métiers ? En apparence seulement, car il se dégage de l'ensemble des personnes présentes une ambiance de créativité multitalent, qui se confirmera peu après. Au départ, en 2010, la petite salle de réunion masquée par le paravent de l'entrée suffisait à abriter stock, créatifs et artisans. Maintenant, les grands postes de travail jouxtent des étagères croulant sous les cuirs les plus divers, d'immenses rouleaux de tissus chatoyants, parmi lesquels on s'amuse à chercher les collections passées.
La cave aux trésors constitue le point de départ créatif des artisans et artistes invités : une incroyable collection de boucles, boutons, fermetures éclair, sacs en toutes matières soigneusement rangés dans des boîtes en carton blanc, au contenu dûment consigné.
Respecter la matière pour donner aux objets une seconde vie, une habitude qui s'est inscrite dans l'ADN de la famille et particulièrement dans celui de Pascale Mussard, de par sa grand-mère Aline, qui honnissait le gaspillage par dessus tout. Des gènes qui constituent l'essence même de petit h. Car contrairement aux assertions des mauvaises langues, les matières petit h sont des matériaux d'exception, qui n'ont pas eu la chance d'avoir été utilisé. En fait, la loi oblige les ateliers à détruire matière ouvragée ou objets manufacturés s'ils ne peuvent être utilisés dans un temps imparti, pour éviter qu'ils soient utilisés pour la contrefaçon.
Alors, plutôt que détruire, les ateliers Hermès contactent petit h, qui accueille avec bonheur les bases de futures créations uniques et rares. Telles ces peaux de crocodile en violine, qui par trois constituent un Birkin mais doivent posséder exactement la même teinte, la même texture. Un seul écart de teinte et hop petit h reprend ces beautés.
La conversation s'engage tour à tour avec les artisans, discrets talents exceptionnels aux mains d'or qui montrent les pièces sur lesquelles ils travaillent et les dossiers d'artistes qui les guident dans la création concrète d'une nouvelle petite ou grande merveille.
Ce travail entre artiste et artisan doit se faire main dans la main selon la volonté de Pascale Mussard; toutefois le contact n'aboutira peut-être pas, dû au délicat équilibre entre les représentations des uns et des autres.
Nous avons la chance d'observer le travail en cours d'un trésor national vivant sur les pièces destinées à l'exposition petit h de New-York, de ravissantes formes de cuir à la finesse d'un papier assemblées en marqueterie qui donneront un objet à double fonctions, décorative et fonctionnelle à la fois. Un magicien peaufine les finitions d'un animal aux franges taillées entièrement à la main qui servira de .... Chut, c'est encore un secret. Les fées des textiles nous montrent des masques animaliers en soie et cachemire, aux lanières de soie démontrant un savoir faire inégalé dans le choix des matières jusqu'au produit fini, époustouflant de précision dans sa finition.
Enfin, un prestidigitateur commente la transposition d'un oiseau boîte à secret, selon la maquette de l'artiste.
Les yeux encore tout émerveillés, nous rencontrons Pascale Mussard, venue nous voir pour le déjeuner. Et la magie du moment continue avec une conversation brillante et soutenue en excellente compagnie devant un délicieux repas, servi au P'tit Classé, un charmant restaurant de quartier.
Nous échangeons sur le délicat jeu d'équilibriste qu'il faut avoir, en créant des objets ludiques et parfois enfantins tout en restant fidèle à la ligne directrice d'Hermès.
Créer des objets-bonheurs, jouer avec les représentations, tel ce dromadaire aux chaussettes roses, avec l'imaginaire en créant un panda aux gants de boxe. Petit h, atelier de création, tel un enfant bouillonnant d'idées qui s'amuse à mélanger les matières, façonner des animaux fantastiques et ludiques, un peu à la façon des cadavres exquis auxquels nous jouions pendant notre enfance.
Pascale Mussard joue avec l'univers de l'enfance avec nos madeleines de Proust, tels ces cornets surprises vendus chez les boulangers qui nous faisaient rêver enfant, elle recrée cette sensation enfantine, cette attente fébrile devant un petit trésor, un objet surprise, la découverte d'un trésor-objet façonné avec amour et soin. Chaque création a une histoire et est réalisé avec le même amour que l'on aurait pour un présent que l'on a choisi pour un ami cher.
Les objets de Pascale Mussard sont uniques et remplis d'amour ...
Avant de nous quitter, elle nous offre alors de grands portfolios à la couverture de cuir au sceau de petit h, contenant les épreuves photographiques des pièces qui seront présentées à Genève en novembre.